Toutes les informations disponibles sur le site Cros Assets ont un caractère exclusivement indicatif et ne constituent en aucun cas une incitation à investir et ne peuvent être considérées comme étant un conseil d’investissement. En aucun cas, les informations publiées sur ce site ne représentent une offre de produits ou de services pouvant être assimilée à un appel public à l’épargne, ou à une activité de démarchage ou de sollicitation à l’achat ou à la vente d’OPCVM ou de tout autre produit de gestion, d’investissement, d’assurance...
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Contactez les sociétés de gestion afin d’évaluer le risque des supports. Le présent site ne vise que les professionnels de la finance. Il n’est pas destiné à être consulté par des internautes non professionnels ne possédant pas l’expérience, les connaissances et la compétence nécessaires pour prendre leurs propres décisions d’investissement et évaluer correctement les risques encourus.
%20ok%20clair%2016%209%20logo.png)
PICTET AM : La transformation silencieuse du renminbi
24/6/2026
%20ok%20clair%2016%209%20logo.png)
À première vue, on pourrait parler d'occasion manquée.
Alors que les banques centrales du monde entier réduisent leur exposition au dollar américain, en partie en réponse aux politiques commerciales et à l’interventionnisme militaire du président Donald Trump, le renminbi chinois ne semble pas avoir beaucoup profité de l’impopularité croissante du billet vert.
Il ne représente en effet que 2% des réserves de change officielles, soit plus ou moins le même niveau qu’il y a dix ans. Ce n'est pas vraiment le résultat que Pékin aurait espéré, compte tenu de l'ambition publiquement affichée par la Chine de remettre en cause le statut de monnaie de réserve du dollar.
Pourtant, une analyse plus approfondie laisse entendre que les autorités chinoises ne devraient pas être trop déçues.
Sur plusieurs aspects, le renminbi affiche des progrès constants vers son internationalisation et ses avancées reconfigurent silencieusement le commerce, la finance et l’investissement au niveau mondial.
Le commerce international est l’un des domaines où sa présence se fait sentir. Les chiffres officiels montrent que le yuan se classe désormais parmi les premières devises négociées à l’échelle mondiale. Selon un rapport de la Banque des règlements internationaux, la part des échanges de devises libellés en renminbi a atteint 8,5% à la fin de l’année dernière, contre 7% cinq ans plus tôt.
La devise chinoise a comblé l’écart par rapport à la livre sterling, quatrième au classement des devises les plus échangées, tout en creusant son avance sur le franc suisse, le dollar australien et le dollar canadien.
Une devise de règlement
Les mêmes schémas sont clairement visibles dans d’autres parties du système commercial international.
Le renminbi est la devise de facturation et de règlement d’un volume toujours plus important de transactions extérieures chinoises, en particulier avec les exportateurs de matières premières, la Russie et d’autres pays émergents.
La part des échanges réglés dans cette monnaie a quasiment doublé depuis 2019, pour atteindre 34%.
Ce pourcentage devrait encore augmenter avec le développement de la propre infrastructure de paiements dédiée chinoise, le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS).
Les volumes traités par le CIPS, qui a été pensé comme une solution alternative aux systèmes de messagerie contrôlés par l’Occident tels que SWIFT, ont déjà enregistré une croissance rapide.
Selon l’agence de presse d’État chinoise, la valeur des transactions réglées en renminbi via le CIPS a atteint 920 milliards RMB par jour en avril, soit 135 milliards USD, contre une moyenne de 680 milliards RMB par jour pour 2025.
Avec l'augmentation du nombre de banques qui rejoignent le CIPS, les effets de réseau faciliteront encore davantage le règlement des échanges de pays tiers liés à la Chine dans la devise.
Pragmatisme politique
Une autre évolution décisive dans la progression du renminbi est l’agilité politique de Pékin. Concrètement, le gouvernement a mis au point un mécanisme capable d'accroître l’utilisation internationale de la devise sans abandonner ses précieux contrôles des capitaux.
La scission entre les versions onshore et offshore de la monnaie chinoise constitue un pilier de cette stratégie.
D’une part, grâce à la mise en place d’un marché offshore du renminbi, basé à Hong Kong, les investisseurs étrangers et les entreprises peuvent échanger plus facilement en devise chinoise. D’autre part, l’accès international aux investissements de Chine continentale est étroitement contrôlé à travers des plateformes réglementées telles que Stock Connect et Bond Connect.
Investissement crédible
Au-delà du commerce, le renminbi prend également de l'ampleur comme devise d’investissement, grâce aux faibles taux d’intérêt chinois. Selon la Banque centrale européenne, les obligations libellées en renminbi ne représentent actuellement que 1% de la dette négociée à l’international.
Néanmoins, comme les taux directeurs ont été abaissés à 1,4%, un niveau bien inférieur à ceux de la plupart des pays développés, l'année dernière, le marché obligataire s'est transformé en un véritable aimant pour les emprunteurs étrangers. Le Portugal et l’Indonésie font partie des émetteurs souverains ayant vendu des obligations libellées en renminbi ces derniers mois. En outre, un plus grand nombre de sociétés étrangères sont également arrivées sur ce marché.
Le volume des obligations Panda (les dettes émises par des entités étrangères mais vendues en Chine continentale) a augmenté de près de 16% en 2025 et de 97% en rythme annuel au premier trimestre 2026.
Le statut de monnaie de réserve n’est pas en vue, mais l’influence augmentera certainement
Pour autant, l’évolution du renminbi vers une alternative à part entière au dollar fait face à d’importants obstacles.
Sa transformation en monnaie de transaction internationale a peut-être été rapide et relativement fluide, mais ses progrès sur d’autres fronts seront plus lents.
Les contrôles des capitaux imposés par la Chine et son régime légal et réglementaire imprévisible limitent la quantité de monnaie que les investisseurs privés et officiels peuvent ou souhaitent détenir comme réserve de valeur.
De plus, le dollar peut s'appuyer sur un marché des capitaux d’une envergure et d’une liquidité sans équivalent, ce qui garantit son rôle dominant dans la facturation mondiale des transactions et le financement transfrontalier.
Néanmoins, le renminbi a indéniablement vu son influence dans la finance internationale augmenter. Il constitue déjà le pilier d’un système d'échange et de règlement parallèle et il est de plus en plus utilisé par les banques centrales et les investisseurs institutionnels comme couverture défensive en période de bouleversement géopolitique.
A minima, ces évolutions devraient assouplir l'emprise des États-Unis sur le commerce mondial et la finance commerciale. Les mêmes tendances pourraient également saper le positionnement international de devises des pays développés comme le yen japonais et la livre sterling et présenter un sérieux défi pour l’euro dans le financement du commerce mondial.
Le renminbi pourrait ne jamais détrôner ou même remettre en question le dollar comme monnaie de réserve. Cela dit, Pékin n'y verra pas nécessairement un échec. Un monde dans lequel la monnaie chinoise assure une part croissante des règlements commerciaux, de la facturation des matières premières et du financement des marchés émergents constituerait déjà une profonde métamorphose de l’architecture du système monétaire international.

