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MANDARINE GESTION : Les spreads de crédit sont-ils en danger d'ici la fin 2026 ?

30/7/2026

Les spreads de crédit restent solides mais leur marge de sécurité s'amenuise face aux risques macrofinanciers.

Depuis le début de 2026, le marché du crédit européen fait preuve d'une résistance remarquable. Après un bref écartement au moment du choc géopolitique au Moyen-Orient, les spreads(*) ont repris leur trajectoire de resserrement, entamée en 2022, vers de nouveaux points bas historiques. Si une dérive brutale d'ici la fin de l'année semble assez peu probable, ces primes de crédit sont clairement entrées dans une zone de vulnérabilité accrue.

Des valorisations sous tension

Premier constat qui continue de s’imposer depuis près d’un an : les valorisations sont tendues. Comme souligné par la BCE, les primes de risque sur les obligations d'entreprise restent comprimées à l'échelle mondiale, alors même que l'incertitude géopolitique, budgétaire et macro-financière s'est nettement accrue. Autrement dit, le marché continue de payer cher une visibilité qui s'est en réalité fortement dégradée depuis 18 mois. Dans un tel contexte, la marge de resserrement supplémentaire est limitée, alors que le potentiel d'élargissement en cas de mauvaise surprise devient, lui, asymétrique.

Faut-il pour autant annoncer la fin du cycle favorable pour le crédit ? Probablement pas. Le scénario central reste celui d'une classe d'actifs soutenue par le portage, par des bilans d'entreprises globalement solides et par une demande structurelle des investisseurs pour des rendements réels très positifs.

Les trois risques de la fin d'année

Le vrai sujet est donc moins celui d'un krach généralisé que celui des catalyseurs capables de rompre l'équilibre actuel. Le premier risque est macroéconomique : les risques pour la stabilité financière mondiale demeurent élevés, en raison de la guerre au Moyen-Orient, de tensions inflationnistes persistantes et d'un possible resserrement supplémentaire des conditions financières. Si la hausse des prix de l'énergie devait durer, elle pèserait à la fois sur la croissance et sur les marges des entreprises, tout en repoussant l'horizon d'assouplissement monétaire.

Le deuxième risque concerne les taux souverains et un potentiel choc de financement. La hausse des rendements obligataires souverains peut se transmettre aux marchés du crédit via l'augmentation du risque de refinancement des entreprises et des banques.

Le troisième facteur de fragilité est technique. Les fonds obligataires, en particulier les fonds corporate et high yield ouverts, semblent disposer de coussins de liquidité modestes et pourraient amplifier les mouvements de marché en cas de rachats. Tant que les flux restent favorables, comme cela est le cas depuis plus de 3 ans désormais, cet élément demeure secondaire. Mais dans un environnement de volatilité plus élevée, les mécanismes de vente forcée peuvent transformer un simple ajustement de valorisation en élargissement plus brutal des spreads, notamment sur les segments moins liquides ou moins bien notés.

Des fondamentaux qui restent solides

Bonne nouvelle en revanche : la qualité intrinsèque du crédit reste, à ce stade, toujours très convenable en Europe. Les fondamentaux des entreprises, Investment Grade comme High Yield, demeurent résilients, avec un levier encore contenu et des besoins de refinancement globalement gérables. Certes la dispersion augmente mais une dégradation mesurée du scénario macroéconomique ne semble pas à même de faire fortement impacter le segment « corporate » dans son ensemble.

Dernier point méritant une attention particulière : l'offre. Et pour certains secteurs, on peut même parler de « surabondance ». Si les opérations de M&A restent encore largement gérables, les besoins de financement d'infrastructures numériques restent soutenus, en particulier aux États-Unis, mais également en Europe. Jusqu'ici, cette offre a été absorbée sans difficulté majeure grâce à une demande robuste. Les derniers « jumbo deal » (**) de géants de la tech avant l’été ont néanmoins montré un début de « trop plein » potentiel côté investisseurs, notamment dès que les marchés deviennent plus volatils.

La bonne question, à l’heure actuelle, n'est donc pas tant de savoir si les spreads vont « exploser », mais s'ils rémunèrent encore correctement les risques que nous venons d’exposer. La réponse est nuancée. Sur le plan absolu, le niveau de rendement continue de rendre le crédit attractif face à d'autres segments obligataires. Sur le plan relatif, en revanche, les spreads offrent peu de coussin contre un choc exogène.

Un scénario central toujours favorable

Le scénario central d'ici fin 2026 reste donc celui d'un marché en équilibre précaire par rapport aux risques actuels, mais qui devrait continuer à bénéficier de son portage. Un choc énergétique prolongé et/ou une remontée désordonnée des taux longs amèneront à coup sûr de la volatilité mais les facteurs techniques de soutien au crédit devraient lui permettre de continuer sa trajectoire actuelle. Dans un scénario adverse, seule une plus forte révision de la croissance mondiale, à même de faire anticiper des risques récessionnistes pour 2027, nous paraissent aujourd’hui pouvoir entraîner un fort repricing de ces primes de crédit.

(*) Écart de rendement entre les obligations d’entreprises et les obligations de l’Etat Allemand(**) Emissions de plusieurs tranches représentant généralement plus de 5mds€ au global de nouvelle dette

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