En cliquant sur « Accepter », vous acceptez le stockage de cookies sur votre appareil pour améliorer la navigation sur le site, analyser l'utilisation du site et nous aider dans nos efforts de marketing.
Retour

EDRAM - Flash marchés : Vers une guerre d’usure régionale

9/3/2026

•    Téhéran maintient une ligne de fermeté et cherche à renchérir rapidement le coût économique et géopolitique pour ses adversaires, en visant en priorité les infrastructures énergétiques et les voies maritimes.
•    Si la crise s’installe, une hausse durable des prix de l’énergie pourrait peser simultanément sur le pouvoir d’achat des ménages, les coûts des entreprises et leurs marges.
•    Pour l’instant, la réaction boursière reste limitée, mais la hausse de la volatilité implicite (notamment sur le pétrole), le redressement des anticipations d’inflation et le maintien d’une prime de risque géopolitique élevée traduisent une inquiétude croissante.

Alors que l’opération Epic Fury lancée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran entre dans son septième jour, l’hypothèse d’une intervention brève, ciblée et maîtrisée s’estompe. Ce qui devait ressembler à une opération chirurgicale commence à prendre la forme d’un affrontement appelé à durer, avec le risque de s’installer dans une logique de guerre d’usure à l’échelle régionale. Ceci renforce d’un cran notre scénario probabilisé à cinquante pour cent d’une guerre d’usure avec un accord in fine entre le successeur de Ali Khamenei et Donald Trump, ce dernier pouvant se targuer de l’élimination de l’ancien dirigeant et de la destruction des capacités militaires iraniennes comme des victoires. Ces développements seront in fine propices à un regain d’appétit pour le risque et une rechute du prix du pétrole.
Les premières frappes ont pourtant infligé des dégâts significatifs au régime iranien. Plusieurs figures centrales de l’appareil de pouvoir ont été éliminées et une partie des capacités militaires du pays a été sérieusement dégradée. Pour autant, la supériorité technologique et la puissance de feu initiale ne suffisent pas à neutraliser la capacité de nuisance d’un régime rompu aux logiques de confrontation asymétrique. Les infrastructures énergétiques du Golfe ont déjà été visées. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique de la circulation pétrolière mondiale, demeure sous la menace d’attaques et de facto fermé tant la traversée est risquée. Les routes maritimes régionales sont exposées à des perturbations susceptibles de se répéter.
L’épisode rappelle combien les conflits contemporains ne se jouent pas seulement sur les premières heures d’une opération militaire, mais sur la faculté des protagonistes à soutenir la pression, à absorber les chocs et à maintenir l’initiative sur le temps long.
À Téhéran, la posture affichée reste celle de la fermeté. Le régime paraît décidé à faire monter rapidement le coût économique et géopolitique pour ses adversaires, en visant prioritairement les infrastructures énergétiques et les voies maritimes. L’objectif semble clair, celui de transformer une confrontation militaire en crise systémique pour la région et pour les grandes économies importatrices d’hydrocarbures.
Sur le plan intérieur, l’affaiblissement du régime ne signifie pas pour autant un effondrement imminent. L’expérience historique montre que des structures autoritaires peuvent se maintenir malgré des pressions externes intenses, dès lors que l’appareil de sécurité et les élites économiques demeurent alignés sur le pouvoir central. La fragilisation politique ne débouche pas mécaniquement sur une transition ordonnée ou rapide, comme le suggère notre scénario adverse intitulé « risque de chaos », probabilisé à 20 %. Dans cette alternative, des tensions croissantes entre les différentes factions (politiques, ethniques) apparaîtraient, ce qui laisse craindre un scénario « libyen », avec des perturbations durables sur les flux énergétiques et des craintes de spirale inflationniste.
En bref, la perspective d’un conflit prolongé, rythmé par des escalades limitées suivies de phases de tension latente, gagne en crédibilité. Ce scénario cesse progressivement d’être perçu comme une simple hypothèse extrême pour devenir la trajectoire jugée la plus probable par une partie croissante des observateurs. Le scénario d’un changement rapide de régime, très positif pour les actifs risqués, n’est probabilisé qu’à hauteur de 30 % selon nos propres estimations.
Les marchés financiers, eux, ont initialement abordé l’opération Epic Fury comme un choc temporaire. La réaction initiale trahit l’idée que la perturbation serait circonscrite et que les flux d’hydrocarbures ne subiraient au pire qu’une gêne transitoire. Or la configuration énergétique se transforme. Le prix du pétrole intègre désormais une prime de risque géopolitique importante, tandis que la tension sur les prix concerne également les produits raffinés tels que le diesel, le fioul ou les distillats, pour lesquels les stocks sont nettement plus bas que ceux du brut, ceci pouvant accentuer le stress inflationniste.
Si la crise s’installe, plusieurs canaux macroéconomiques pourraient s’enclencher simultanément. La hausse durable des prix de l’énergie renchérit les coûts pour les ménages comme pour les entreprises et leur marge. Les perturbations du transport maritime font grimper les coûts de fret dans un système déjà fragilisé par les tensions successives sur les chaînes d’approvisionnement. L’incertitude géopolitique accrue pèse sur les décisions d’investissement, les arbitrages d’épargne et le moral des agents économiques.
Les estimations disponibles suggèrent qu’une augmentation de 15 dollars du prix du baril pourrait ajouter environ un point d’inflation dans les économies développées tout en retranchant entre 0,3 et 0,4 point de produit intérieur brut à la croissance mondiale. Le choc en cours porte ainsi la marque d’un choc d’offre négatif, combinant pressions inflationnistes et ralentissement de l’activité.
C’est la configuration que redoutent le plus les investisseurs puisqu’elle ravive le spectre d’un environnement stagflationniste, où la hausse des prix se conjugue à une croissance en perte de vitesse, réduisant les marges de manœuvre des autorités monétaires comme des gouvernements.
Pour l’heure, la réaction boursière demeure contenue. Les taux longs se sont légèrement tendus aux États-Unis tandis que la tension est bien plus palpable en zone euro. Le dollar s’est apprécié, confirmant une fois encore son statut de valeur refuge. Mais derrière cette réaction mesurée apparaissent les signes d’une inquiétude plus profonde. La volatilité implicite progresse, notamment sur le pétrole. Les anticipations d’inflation se redressent à la marge. La prime de risque géopolitique, quant à elle, reste élevée, en particulier sur les actifs liés à l’énergie, au transport maritime et à certaines zones émergentes exposées.
Les investisseurs semblent ainsi ajuster progressivement leur scénario central, en intégrant une probabilité accrue de dérive inflationniste de court terme. Cette phase de recalibrage pourrait se poursuivre tant que l’orientation de la politique monétaire américaine ne sera pas clarifiée.
Les stratégies d’allocation reflètent ce climat d’attentisme. En attendant d’y voir plus clair, la prudence tactique reste de mise selon nous, dans la mesure où le risque de hausse additionnelle des prix de l’énergie est significatif, que ce soit à cause de dégâts sur les infrastructures ou des arrêts de production contraints faute de capacité d’exportation via le détroit d’Ormuz. Néanmoins, une fois que le risque géopolitique sera davantage sous contrôle, il conviendra d’accentuer notre surpondération sur les actifs risqués et en particulier sur les indices actions, avec une reprise du « broadening » compte tenu de la solidité de la dynamique économique mondiale, de la relance fiscale à venir et d’un moindre risque lié à l’IA hors des États-Unis. Sur les taux, nous prenons nos profits sur notre surpondération sur les emprunts d’États, en attendant une meilleure visibilité sur les matières premières.

Cliquer ici pour poursuivre la lecture.

No items found.

Partager

Découvrir le fond

Equipe commerciale

Aucun membre de l'équipe n'a été ajouté...

Évènements

Aucun évènement à venir...

OPCVM Actions