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DORVAL AM : Résilience économique et boom des profits : vers un chemin plus étroit ?
8/9/2026

La philosophie économique des années 2020 marque une rupture : l'ère est keynésienne, populiste et géostratégique. Les budgets publics sont mobilisés pour la défense, la transition énergétique, la paix sociale. Ces politiques favorisent la résilience d’une croissance mondiale (graphique 1) aussi soutenue par l’IA, mais poussent les taux d'intérêt à la hausse. Si le scénario de résilience reste privilégié, le chemin devient plus étroit face aux risques inflationnistes, politiques et de désenchantement sur l’IA.

L’inflation au cœur des débats
La crise énergétique dans le golfe Persique ravive les risques d’un choc inflationniste qui s’installerait. Les taux à long terme pourraient alors intégrer une prime de risque durable, ce qui conduirait les banques centrales à réagir, et donc à freiner l'économie. Cependant, plusieurs facteurs limitent ce risque : modération salariale et stagnation des loyers aux États-Unis, marasme immobilier chinois et baisse du pouvoir d'achat mondial bridant la capacité des entreprises à monter leurs prix. De plus, après avoir renchéri le prix des puces et des mémoires, l'IA commence à exercer des pressions déflationnistes dans les services¹. Cela reste très incertain, mais un retour de l'inflation américaine à 2% ou presque en 2027 n’est donc peut-être pas un doux rêve (graphique 2).
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¹ Exemple : les banques américaines viennent de prévenir leurs conseillers juridiques qu’ils devront baisser leur prix car l’IA fait une grande partie du travail.

Politiques budgétaires : le double test de crédibilité
La hausse des taux d'intérêt à long terme ne traduit pas un risque de défaut des États², mais interroge la pertinence de leurs choix budgétaires :
• Stabilisation : les pays à forte dette (États-Unis, Japon, France, Royaume-Uni) doivent prouver qu'ils peuvent stabiliser leur trajectoire prévisible de dette publique. Plus encore que le niveau, c’est la trajectoire qui compte.
• Soutien : à l’inverse, l'Europe du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Scandinavie), qui a injecté plus de 1% du PIB en 2026, doit maintenir ce soutien en 2027 sans céder au réflexe d'austérité.
La révolution de l’IA scrutée en temps réel
Aux États-Unis, les investissements technologiques progressent de 15% par an et stimulent l'activité. Bien que l'IA détruise des emplois sectoriels (marketing, codage), son impact net sur l'emploi global reste faible. Néanmoins, cette course de vitesse nécessite des financements colossaux (plus de 500 milliards de dollars d'émissions obligataires prévus en 2026), ce qui accentue la pression sur les taux longs. Les superviseurs de la finance mondiale s'inquiètent de la concentration financière : un doute sur la rentabilité de l'IA provoquerait une correction boursière majeure, avec des conséquences économiques négatives.
Europe : entre résilience économique et risques politiques
Malgré le choc énergétique et la hausse des taux de la BCE, la zone euro résiste. Portée par la péninsule ibérique, le soutien budgétaire du Nord et un crédit bancaire solide, sa croissance (hors Irlande) a atteint +1,3 % au T2-2026. Toutefois, certains vents contraires menacent : fin des fonds NGEU pour le Sud, effets différés des hausses de taux et interrogations politiques en France, en Allemagne et en Italie. Ces tensions menacent la cohésion et l'affirmation stratégique de l'Europe. Elles pourraient aussi fragiliser un cycle financier pour l’instant très porteur.
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² Le marché des CDS (Credit Default Swaps), qui permet de s’assurer contre les défauts souverains, reste absolument calme

Les bourses mondiales portées par un boom inédit des profits
La hausse des marchés s'est généralisée en 2026, soutenue par un boom exceptionnel des bénéfices par action (médiane de +15 % sur les marchés développés). Outre l’effet IA, cette rentabilité inédite s'explique en partie par la concentration des gains chez les firmes « superstars » dans tous les secteurs, et une meilleure maîtrise des coûts salariaux. Les cours ayant simplement suivi la hausse des profits, les valorisations restent raisonnables (PER de 18,2 début septembre pour le MSCI Monde). Ce constat semble invalider en partie les craintes de bulle spéculative, mais déplace l'enjeu majeur pour 2027 : la soutenabilité à terme de ces superprofits.

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