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DORVAL AM - Relance, emploi, retraites : les ambitions du nouveau plan allemand

15/7/2026

La coalition CDU/CSU–SPD au pouvoir en Allemagne a présenté le 2 juillet un programme de réformes tous azimuts en 34 points, structuré autour de cinq grands axes : (1) baisse de l’impôt sur les ménages, (2) flexibilisation du marché du travail, (3) simplification administrative, (4) soutiens ciblés à l’industrie et (5) réforme du système de retraite. Le plan doit encore être amendé puis voté par le Bundestag. Politiquement, le signal envoyé par le gouvernement allemand est fort ; en revanche, sur le plan économique, on reste loin d’un « big bang », les effets macroéconomiques à court terme demeurant modestes. Le plan de 2026 s’inscrit comme un accompagnement structurel du choc budgétaire et d’investissement de 2025. La proposition de réforme des retraites, bien que limitée, place néanmoins ce sujet au cœur de l’agenda politique européen, à moins d’un an de l’élection présidentielle en France.

Un tournant budgétaire amorcé en 2025

Sous l’effet combiné de la débâcle de son secteur automobile, du choc énergétique de 2022, de la nouvelle donne concurrentielle chinoise et de la pression exercée par le président américain Donald Trump, le gouvernement allemand a annoncé dès 2025 un profond changement de cadrage budgétaire ainsi qu’un plan d’investissement en défense et en infrastructures de 1 000 Md€ sur 10 ans. Le programme « pour la relance et l’emploi » de 2026 prolonge cet effort en le complétant par des réformes structurelles et par un allégement de l’impôt sur le revenu destiné à en faciliter l’acceptation.

Allégement fiscal ciblé et consommation des ménages

Cet allégement fiscal profite aux tranches de revenus moyennes et basses pour un montant d’environ 10 Md€ (0,2 % du PIB), partiellement compensé par une hausse de la fiscalité sur les hauts revenus d’environ 3 Md€, selon les estimations de Goldman Sachs. Malgré son orientation favorable au pouvoir d’achat, l’impact sur la consommation des ménages au cours des prochains trimestres devrait rester limité.

Réformes du marché du travail et simplification administrative

Les autres mesures ne sont pas chiffrées, mais visent à accroître la flexibilité du marché du travail en facilitant les embauches en CDD et les licenciements pour les salariés les mieux rémunérés. Des propositions de simplification des procédures administratives, notamment en matière de protection des données pour les PME, cherchent à réduire les coûts de conformité et à encourager l’innovation.

Soutiens à l’industrie et au secteur immobilier

Le plan prévoit également des soutiens ciblés à l’industrie, avec notamment une accélération des investissements dans le réseau électrique et un élargissement du rôle du fonds d’investissement stratégique « Deutschlandfonds ». Il inclut en outre des mesures destinées au secteur immobilier, appliquées à la fois à la demande (facilitation du financement hypothécaire) et à l’offre (création d’une agence fédérale de l’habitat). Aucun financement public supplémentaire n’est toutefois prévu dans le cadre de ce plan.

Effets sur la croissance potentielle

L’ensemble de ces réformes vise à relever la croissance potentielle de l’Allemagne, actuellement évaluée à 0,4 % par an par la Commission européenne. Les travaux de l’OCDE et du FMI suggèrent que les réformes structurelles combinées peuvent ajouter entre 0,3 et 0,7 point de PIB par an à la croissance potentielle, tout en soulignant que les gains sont d’autant plus limités que le pays présente déjà un niveau de PIB par habitant élevé. Pour l’Allemagne, les perspectives de gain sont donc positives, mais demeurent modestes.

Vers un modèle de retraite hybride inspiré du Nord

Le gouvernement reprend les propositions de la commission spéciale sur la réforme des retraites autour de trois axes : (1) lier l’âge de départ à la retraite à l’espérance de vie, (2) renforcer la soutenabilité financière du système en répartissant la charge supplémentaire à un tiers par une baisse des retraites et à deux tiers par une hausse des cotisations, et (3) introduire un pilier par capitalisation. La réforme a ainsi des airs de modèle hybride « scandinave », mais dans une version nettement plus prudente. Le pilier par capitalisation prévoit une contribution obligatoire de 2 points de pourcentage (environ 0,8 point de PIB par an), administrée soit par un fonds public, soit par un nombre limité d’alternatives certifiées par le gouvernement. À titre de comparaison, au Danemark ou aux Pays-Bas, les taux de contribution à la capitalisation sont compris entre 10 et 18 points de pourcentage. La hausse de la contribution sera progressive (+0,5 point par an entre 2028 et 2031), ce qui pèsera légèrement sur les revenus disponibles. Bien que le projet reste encore modeste, il jette les premiers jalons de la soutenabilité financière de long terme du système de retraite allemand et inscrit ce dossier au cœur de l’agenda politique européen, à moins d’un an de l’élection présidentielle en France.

Impact conjoncturel et renforcement de la résilience

Si le plan était adopté en l’état par le Bundestag, son effet incrémental sur la conjoncture allemande des prochains trimestres serait positif mais modéré. Les efforts engagés depuis 2025 contribuent à l’accélération attendue de la croissance allemande à 1 % en 2027, contre 0,7 % en 2026 et 0,2 % en 2025, selon le World Economic Outlook de juillet du FMI.

Au-delà de l’impact limité sur la croissance moyenne, les politiques publiques et les réformes annoncées fluidifient l’économie et améliorent la soutenabilité du système de retraite à long terme et, in fine, la résilience de l’économie. Résilience qui permet de mieux absorber les chocs exogènes et de revenir plus rapidement sur son sentier de croissance.

De la résilience économique au marché financier

Une économie à croissance faible mais plus résiliente offre un environnement favorable aux marchés financiers. Le risque de catastrophe économique ou de changement permanent de régime diminue. La prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir des actifs risqués comme les actions baisse ce qui accroît leur valorisation et participe au retour d’intérêt sur les actions européennes.

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