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DORVAL AM : Quelle stratégie d’investissement après le choc iranien et avant les échéances électorales françaises ?
11/9/2026

La philosophie économique des années 2020 marque une rupture radicale avec la décennie précédente. Nous sommes entrés dans une ère à la fois keynésienne, populiste et géostratégique, où les budgets publics sont massivement mobilisés et soutiennent l'activité : défense, infrastructures, transition énergétique, baisses d’impôts dans certains pays, et forte résistance aux politiques de rigueur. Cette dynamique, augmentée par le boom de l’investissement dans l’intelligence artificielle, a un coût : les taux d'intérêt s'ajustent à un monde beaucoup plus résilient. Malgré les chocs géopolitiques récents, la croissance mondiale se maintient en effet au-dessus des 3%, et les entreprises cotées affichent de fortes croissances de résultats.
Ce nouvel équilibre est-il tenable ? Cela reste le scénario central de Dorval AM, mais le chemin devient plus étroit. L’inflation, les contraintes budgétaires et la trajectoire de l’IA font parties des facteurs susceptibles de faire bifurquer l’économie mondiale vers des scénarios alternatifs moins favorables. Quant à l’Europe, elle affronte de nouveaux défis politiques majeurs à un moment où sa capacité stratégique est interrogée de toutes parts.
L’inflation au cœur des débats
La crise de l’énergie provoquée par l’aventure américaine en Iran augmente clairement les risques de bascule dans un épisode inflationniste, comme le montre l’explosion des prix des produits pétroliers raffinés et du gaz naturel liquéfié. Dès lors, la hausse des taux d’intérêt pourrait cesser d’être le simple reflet d’une croissance résiliente pour devenir la marque d’une prime de risque inflationniste qui s’installe insidieusement. Les banques centrales seront alors tôt ou tard à la manœuvre pour freiner l’économie.
Tout n’est cependant pas encore joué. La pression peut rebaisser à tout moment dans le golfe Persique. De plus, certaines forces limitent l’inflation mondiale : aux Etats-Unis, la modération salariale, l’extinction des effets de base sur les droits de douane et la stabilité des loyers ; en Chine, le marasme persistant du secteur immobilier ; et en Europe, une inflation qui ralentit dans les services.
La baisse actuelle du pouvoir d’achat des ménages pourrait aussi peser sur la consommation, et donc limiter la capacité des entreprises à monter les prix, d’autant que les créations d’emplois ont ralenti et que, aux Etats-Unis, l’effet des baisses d‘impôt se dissipe. Enfin, l’IA, jusqu’ici inflationniste – hausse des prix des mémoires et des semi-conducteurs – commence à exercer des pressions déflationnistes dans certains services [1].
Un retour de l’inflation américaine à 2% en 2027 sans envolée des taux courts reste donc envisageable, ce qui validerait la soutenabilité de ce nouveau régime de croissance.
Politiques budgétaires : le double test de crédibilité des États
Comme le démontre le calme qui règne sur le marché des CDS , qui mesure le risque de défaut souverain, ce ne sont pas les problèmes de solvabilité qui expliquent la hausse entêtante des taux d’intérêt mondiaux à long terme. La crédibilité et la pertinence des politiques budgétaires joueront cependant un rôle important pour assurer l’équilibre.
D’un côté, certains pays (Etats-Unis, Japon, France, Royaume-Uni) devront prouver qu’ils n’ont pas choisi la fuite en avant. Il ne s’agit pas d’entrer en rigueur extrême, mais de stabiliser la trajectoire prévisible de la dette publique. Le contexte politique n’y est pas favorable, mais, sous la pression des marchés, le vent est sans doute en train de tourner : les politiques s’inquiètent du poids croissant des charges d’intérêt, et comprennent que leur marge de manœuvre se réduit.
A l’inverse, les pays d’Europe du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Suède et Danemark), qui ont orchestré une impulsion budgétaire majeure de plus d’1% du PIB en 2026, devront maintenir le cap des dépenses et des baisses d'impôts en 2027 sans succomber à leur traditionnel réflexe de rigueur.
La révolution de l’IA scrutée en temps réel
L’intelligence artificielle est désormais une réalité économique tangible. Aux Etats-Unis, les investissements technologiques grimpent à un rythme de 15% l’an , et la tendance devrait se prolonger en 2027, même si des obstacles politiques et logistiques à l’implémentation des centres de données apparaissent. C’est une course de vitesse.
L’impact de cette révolution sur la productivité et le marché du travail est scruté en temps réel par les analystes. Les impacts négatifs sur l’emploi sont substantiels dans certains secteurs (marketing, PAO, codage, conseil, etc.), mais l’effet global reste faible. L’IA crée aussi des emplois, ne serait-ce que pour la construction des centres de données et de leur écosystème. Côté productivité, certaines entreprises témoignent de progressions spectaculaires (IBM, Deloitte, SAP, etc.), mais là encore les effets agrégés ne sont pas encore apparents.
Le boom de l’IA participe à la pression sur les taux longs à la fois par son effet sur la croissance et du fait de l’explosion des besoins de financement externes : plus de $500 milliards d’émissions obligataires prévues en 2026 . La vitesse de l’accumulation de capital, la course au financement, la capitalisation boursière impressionnante de l’IA et la concentration des risques sur un petit nombre d’acteurs clés suscitent des craintes chez les superviseurs de la finance mondiale . Même si ce boom de l’IA se poursuit, une forte correction boursière, induite par des doutes sur la profitabilité ou le rythme des investissements, aurait des effets clairement négatifs sur l’économie.
Europe : entre résilience économique et incertitudes politiques
En dépit du ralentissement économique en France, du choc énergétique et de la remontée des taux de la BCE, l’économie européenne s’est montrée très résiliente. La croissance va continuer à être soutenue par l’impulsion budgétaire de l’Allemagne et des pays du Nord et par la vigueur des économies ibériques. Le secteur bancaire, particulièrement robuste, soutient le crédit : +4,5% l’an en juillet 2026 pour les entreprises, et +3,1% pour les ménages. Les investissements dans l’IA, enfin, commencent à accélérer, même si la contribution à la croissance ne dépasse probablement pas 0,1% à 0,2%. Hors Irlande (dont le PIB est très volatile), la croissance du PIB de la zone euro atteint +1,3% au T2-2026, au plus haut depuis début 2023. Et le climat des affaires a fortement rebondi depuis le mois de mai.
Le scénario de Dorval AM reste positif mais les risques remontent. Parmi les vents contraires, l’extinction des fonds de relance post-Covid (NGEU) pour les pays d'Europe du Sud, l’impact différé de la hausse des taux et les incertitudes politiques en France, en Allemagne et en Italie. Si les marchés traitent pour l'instant la situation française comme un risque idiosyncratique, ces tensions compliquent la cohésion d'une Europe en quête d'affirmation stratégique globale.
Les bourses mondiales portées par un boom inédit des profits
La dynamique haussière initiée en 2023 s'est largement élargie. Si l'IA aux États-Unis, les valeurs financières en Europe et au Japon, et l'énergie ont mené la danse, la hausse des cours s'est généralisée à l'ensemble de la cote, comme en témoigne la performance de l'indice MSCI Monde équipondéré, désormais au niveau du MSCI Monde classique.
La source de cette performance très large est sans équivoque : un boom des profits qui a surpris même les plus optimistes. Selon les analystes, la croissance médiane des bénéfices par action atteindrait +15% sur les marchés développés en 2026, soit le double de l’année 2025 (+8%). De tels taux de croissance ne s’observent normalement que lors du rebond qui suit une récession.
Il n’est pas simple d’expliquer un tel phénomène. Le boom des investissements en IA bénéficie certes à beaucoup d’entreprises, et les financières constituent un gros bataillon, mais cela ne suffit pas. La dynamique du « gagnant qui prend tout » s’est-elle accentuée ? Les entreprises « superstars » – donc le plus souvent les entreprises cotées – capteraient la part du lion des profits de la croissance mondiale. Autre piste : selon l’analyse de Goldman Sachs, les entreprises américaines n’ont jamais été aussi peu nombreuses à mentionner le coût du travail comme sujet de préoccupation. Le levier opérationnel aurait donc grimpé.
Quoiqu’il en soit, le résultat est là : les cours de bourse n’ont fait que suivre les profits, et les valorisations en termes de PER prospectif n’ont pas monté cette année, restant aux environs de 16-17 pour le MSCI Monde équipondéré, un niveau proche de sa moyenne de long terme. Avec l’impact de l’IA sur les géants américains, le PER des indices a même reculé de près de 2 points, de 20x début janvier à 18,2x début septembre pour le MSCI Monde classique.
Le constat semble invalider en partie les craintes de bulle spéculative, les cours étant solidement ancrés par les résultats d'entreprises. Néanmoins, cela déplace le débat : la véritable question pour 2027 est moins celle de la surévaluation des multiples, et davantage celle de la soutenabilité des profits.
Les fonds Global Macro de Dorval AM s’adaptent au nouvel équilibre
Les fonds globaux et européens de la gamme Global Macro de Dorval AM ont maintenu un niveau élevé d’exposition aux actions en moyenne sur l’année 2026. Face aux nouvelles tensions sur les taux et les prix de l’énergie, ces expositions ont été tactiquement réduites fin août et début septembre.
Les thématiques en portefeuilles sont les financières européennes (hors France) et japonaises, l’infrastructure de l’IA, la transition énergétique et, depuis le mois d’août, l’électrification. Sur cette gamme, la philosophie d’investissement de l’équipe de gestion reste ancrée sur l’équipondération, ce qui limite considérablement les risques liés à la concentration des indices autour du thème de l’IA.
Coté obligataire, la duration déjà modeste des portefeuilles globaux a été réduite début septembre au profit de stratégies pariant sur l’aplatissement des courbes de taux (partie 5-30 ans), et sur des stratégies relatives : achat d’obligations japonaises et britanniques contre obligations françaises.
Exposition et thématiques des fonds de stock picking Dorval AM
Les convictions d’investissement de Dorval AM s’articulent autour d’un noyau de thématiques de croissance structurelle, complété par une poche conjoncturelle plus opportuniste avec Dorval Drivers Europe FR0010158048 (part R), Dorval Drivers SMID Continental Europe FR0011645621 (part R), et de la gestion environnementale actions avec Dorval European Climate Initiative FR0013334380 (part R) et Green-Got Sustainable Future FR0014011K39 (part R).
Sur le plan structurel, deux dynamiques de fond structurent les décisions d’investissement de l’équipe de gestion : le déploiement de l’intelligence artificielle et les recompositions géopolitiques, qui accélèrent en Europe la recherche d’autonomie stratégique.
L’IA demeure un moteur de création de valeur incontournable
Malgré le niveau élevé des dépenses engagées l'an dernier, le déploiement d'une infrastructure globale et résiliente se poursuit à un rythme très soutenu en 2026. Les perspectives récemment communiquées par Nvidia pour 2027 ou encore les résultats des hyperscalers démontrent que les retours sur investissement sont bien significatifs. Les équipementiers du secteur des semi-conducteurs (ASML, ASM International), les fabricants de semi-conducteurs (STMicro) ou encore les dérivées secondes, comme l’électrification liée aux data centers (avec Prysmian, Schneider) ou encore le traitement de l'eau ont contribué à la performance des fonds cette année et restent intéressants.
Cela étant, le thème de l’IA a jusqu’ici largement concentré la performance et les flux d’investissement, ce qui plaide désormais pour une approche de gestion plus équilibrée.
En effet, paradoxalement, certaines sociétés telles que SAP, London Stock Exchange (LSEG) ou encore Publicis, qualifiées à tort de perdantes de l’IA, ont démontré récemment une nette amélioration de leurs fondamentaux. En effet, les grands clients ne disposent pas nécessairement en interne des compétences et des outils pour déployer l’IA et en récolter les gains de productivité attendus. Ils doivent donc s'appuyer sur des partenaires et fournisseurs qui leur facilitent la tâche. Les craintes excessives qui avaient pesé sur ces valeurs, ont créé une opportunité intéressante : les multiples de valorisation de SAP et LSEG ont par exemple reculé d'environ 50% par rapport à leurs points hauts.
Par ailleurs, un ralentissement de la dynamique des investissements en IA, même sur des niveaux absolus très élevés, pourrait amener les investisseurs à se repositionner sur les valeurs offrant une croissance visible. De grands hedge funds américains, tels que Elliot Management ou encore Pershing Square, ont d’ailleurs pris récemment des positions sur des valeurs de croissance régulière et visible telles qu’Air Liquide ou Alcon, misant sur une combinaison de qualité et de niveaux de valorisation redevenues plus attractives. Ce type de valeurs offre un potentiel de couverture de risque en cas de déception sur l'IA. Dans cet univers, les gérants privilégient aussi les grands laboratoires pharmaceutiques qui offrent une croissance à prix raisonnable : Astra Zeneca combine un « portefeuille clinique » riche à un positionnement attractif. La valeur Lonza, bénéficie de son côté de la tendance structurelle à l’externalisation de la fabrication biopharmaceutique (CDMO) et de la croissance à long terme du marché des produits biologiques. Les champions de l’innovation continuent également d’occuper une place de choix dans les allocations, avec notamment Novonesis, leader mondial des biosolutions, ou encore EssilorLuxottica, qui affiche un modèle d’intégration verticale et une forte capacité d’innovation. La baisse récente du titre EssilorLuxottica offre un point d'entrée particulièrement intéressant. Ses perspectives demeurent solides malgré l’entrée de nouveaux concurrents sur le marché des lunettes connectées, qui, de fait, en élargiront le potentiel.
Second axe structurel : l’autonomie stratégique, désormais au cœur des priorités européennes
Les tensions géopolitiques, les conflits récents et la régionalisation des chaînes de valeur imposent de sécuriser l’énergie, les approvisionnements critiques et les capacités industrielles.
Dans ce cadre, la transition énergétique et écologique ne relève plus seulement d’un impératif environnemental, confirmé s’il le fallait par les événements climatiques extrêmes de cet été : elle constitue aussi une réponse aux enjeux de sécurité énergétique. Dans cet univers d’investissement, les gérants privilégient les équipementiers tels que Nordex ou Vestas - et les acteurs du stockage comme Grenergy et CATL plutôt que les producteurs d’énergie renouvelable.
Avec des chaines de valeur qui se régionalisent et où la sécurisation des approvisionnements devient un élément clé, l’autonomie industrielle s’impose également et partout dans le monde. En Europe, l’équipe de gestion privilégie Konecranes, spécialisé dans les infrastructures et la logistique industrielle et Umicore dans le secteur des matériaux critiques. Aux Etats-Unis où cet enjeu s’exprime sous un angle protectionniste, ils plébiscitent Steel Dynamics et Albemarle.
Au-delà de ces convictions de thématiques structurelles, l’équipe de gestion identifie des opportunités plus conjoncturelles. Avec la remontée des taux, les banques européennes demeurent attractives car elles affichent des valorisations raisonnables, des bilans solides et un coût du risque modéré. Elles présentent également un vivier riche d'économies de coûts grâce à l’implantation de l'IA ainsi qu’un rendement global élevé (dividendes plus rachats d'actions) de 7,5%, et ce, malgré une progression stellaire depuis quatre ans.
Les gérants se sont aussi positionnés sur les télécoms - Vodafone, Orange, KPN - pour leur caractère défensif, afin de bénéficier également de l’amélioration de leurs fondamentaux et de la dynamique de M&A à l’œuvre dans le secteur. Enfin, l'amélioration récente en Allemagne de la conjoncture macro-économique, cristallise le démarrage tant attendu du plan de relance annoncé début 2025 sur l'activité. Les gérants sont ainsi investis sur les valeurs Kion, Spie et Deutz.
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