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AURIS GESTION : Le vrai est le tout

5/10/2026

Rarement cette formule du philosophe Hegel aura aussi bien décrit les marchés. Pris isolément, chacun raconte une histoire différente. Alors que les actions résistent, le crédit commence à intégrer les risques et les taux portent l’avertissement le plus clair. Aucun de ces marchés ne détient seul la vérité. Celle-ci est peut-être précisément dans le tout.

En fin de semaine, l’OAT à 10 ans évoluait autour de 4,9 % et le 10 ans US autour de 5,3 %, tandis que le spread OAT-Bund terminait à 141 points après avoir approché 160. La BCE et la Fed ont relevé leurs taux en septembre donnant un message clair et la partie longue reste aussi sous pression, entre choc énergétique, besoins de financement des États et incertitude inflationniste. Pour la zone euro, la BCE prévoit encore 3 % d’inflation en 2026. En France s’ajoute la hausse de la prime de risque souveraine.

La tension est tout aussi nette aux États-Unis. L’inflation PCE (indicateur privilégié par la Fed) reste à 3,4 % sur un an et sa composante sous-jacente à 3 % (hors alimentation et énergie), alors que le marché du travail ralentit (29 000 emplois créés en septembre, avec un chômage à 4,2 %) tandis que les salaires progressaient de 3 % sur un an. Toute la difficulté est là : le ralentissement de l’emploi peut réduire la pression en faveur de nouvelles hausses des taux directeurs, tandis que pétrole, besoins de financement et géopolitique pèsent sur les maturités longues.

Le marché du crédit européen commence à intégrer ces risques. Au cours du dernier mois, les spreads se sont élargis : fin septembre, l’iTraxx Crossover Europe (High Yield) a franchi les 300 points de base, tandis que l’iTraxx Main Europe (Investment Grade) évoluait autour de 65 à 70 points (cf. le graphique de la semaine). Si une partie du mouvement est technique (passage à la Série 46 lors du roll semestriel de septembre), il contient surtout un message de prudence face aux taux, au coût du financement et aux incertitudes économiques et géopolitiques.

En bref, les taux nous disent qu’il se passe quelque chose ; le crédit commence à l’entendre, sans encore nous dire qu’il se passe quelque chose de grave. Avec un 10 ans US autour de 5,3% et un spread OAT-Bund qui a approché 160 points de base, la prudence s’impose, mais elle ne doit pas faire oublier que l’obligataire retrouve de vrais points d’entrée. L’enjeu n’est pas de sortir du risque, mais de mieux le choisir : diversification, sélectivité et qualité de crédit, en restant à l’écart des signatures susceptibles d’être les plus sanctionnées.
Cette lecture se retrouve dans nos solutions, toutes actuellement de niveau SRI 2 : flexibilité, notamment sur la sensibilité taux, pour Auris Euro Rendement ; portage pour le fonds à échéance Rendement Sélection 2030, avec au moins 50 % d’Investment Grade et aucune obligation perpétuelle callable ; exposition 100 % Investment Grade pour Auris Investment Grade.

La semaine écoulée a été mitigée sur les marchés actions sauf sur le Nasdaq : le S&P 500 recule de -0,27 %, le Dow Jones de -1,26 %, l’Euro Stoxx 50 de -1,02 % et le CAC 40 de -2,24 %, tandis que le Nasdaq progresse de +0,45 %. Depuis le début de l’année, les trajectoires divergent davantage encore : le S&P 500 gagne près de +13 % et l’Euro Stoxx 50 près de +8 %, tandis que le CAC 40 recule d’environ -3 % et le CSI 300 chinois de près de -6 %.

En France, le CAC 40 pâtit de la remontée des taux et du risque souverain ; en Chine, le CSI 300 reste pénalisé par la faiblesse de la demande intérieure et l’ajustement immobilier. Malgré ces fragilités, les marchés actions continuent, si l’on élargit la focale, de regarder les bénéfices, portés notamment aux États-Unis par la prime accordée aux valeurs liées à l’IA, en dépit des signaux venus des taux et, plus récemment, du crédit.

La semaine qui s’ouvre mettra cette résistance à l’épreuve, avec notamment les publications de PepsiCo, Progressive, Delta Air Lines, Tesco et Fast Retailing. Côté macroéconomique, l’ISM des services américain, les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis et les minutes de la Fed permettront d’affiner le scénario monétaire. En Europe, Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a défendu ce matin une réponse monétaire « mesurée » : si le choc énergétique reste le principal moteur de l’inflation, la hausse des taux longs contribue déjà au resserrement des conditions financières. Dans le contexte actuel, ce message de tempérance est bienvenu.

Le principal arbitre restera sans doute le pétrole. Ormuz est loin d’être normalisé, même si les flux se redressent : selon Kpler, ils atteignent 12,7 millions de barils par jour, soit 74 % du niveau d’avant-guerre. Washington refuse toujours d’intervenir directement contre les Houthis, tout en soutenant Riyad en matière de renseignement, de ciblage et d’armement. La France avance, elle, quelques pions avec l’envoi annoncé de moyens militaires pour protéger Yanbu, terminal pétrolier stratégique permettant de contourner Ormuz.

D’Ormuz aux urnes, quelques barils peuvent avoir beaucoup de conséquences. À un mois des midterms, les démocrates sont crédités de 50,6 % contre 42,3 % aux républicains dans le vote générique national, alors que le contrôle du Congrès reste en jeu. En Europe aussi, la facture énergétique pourrait peser sur la présidentielle française.

Les marchés divergent encore, offrant autant de signaux de prudence que d’opportunités. Plus que jamais, il faut les regarder ensemble. Le vrai est le tout…

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