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AURIS GESTION : La France, nouveau talon d’Achille de l’Europe

28/10/2026

La situation politique et budgétaire française ne cesse d’inquiéter les investisseurs. Le taux souverain français à 10 ans a franchi le seuil des 5 % pour la première fois depuis 2002, tandis que le spread OAT-Bund s’est de nouveau tendu pour atteindre 167 bps vendredi, un niveau inédit depuis 2011 !

En toile de fond, la montée des contestations sociales qui risque de compliquer davantage des négociations budgétaires déjà mal engagées. Si le gouvernement dispose encore de leviers institutionnels pour faire adopter le budget 2027, notamment le recours aux ordonnances ou à l’article 49.3, la dégradation du climat social pourrait fragiliser les efforts d’assainissement des finances publiques… Elle fait également peser un risque supplémentaire sur des perspectives de croissance déjà assombries par les tensions inflationnistes et le durcissement des conditions monétaires de la BCE. Dans ce contexte, les investisseurs étaient nombreux à anticiper une dégradation de la note souveraine française par Moody’s, qui devait se prononcer vendredi dernier. L’agence était en effet la dernière à maintenir la France à Aa3, soit l’équivalent de AA-. Elle a finalement confirmé sa notation, misant sur l’adoption d’un budget permettant de ramener le déficit public à 5,2 % du PIB en 2027, contre 5,4 % actuellement. Une décision qui a offert un peu de répit aux obligations françaises lundi matin.

En parallèle, le risque énergétique reste au premier plan. L’espoir suscité en début de semaine dernière par une possible médiation du Pakistan et du Qatar, destinée à relancer les négociations entre l’Iran et les États-Unis, a rapidement été douché par Téhéran, qui a démenti toute avancée. En fin de semaine, les craintes d’une nouvelle escalade militaire sont même venues s’ajouter aux risques de rupture d’approvisionnement liés aux attaques contre les infrastructures et les navires au Moyen-Orient. ​​​​​​​

Les informations de presse faisant état de préparatifs israéliens en vue de nouvelles frappes contre l’Iran, du renforcement du dispositif militaire américain dans la région et de mesures d’évacuation alimentent les inquiétudes sur la sécurité du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Certains investisseurs espéraient que l’approche des élections de mi-mandat américaines (midterms) inciterait Washington à favoriser une sortie de crise. Mais l’échéance électorale pourrait finalement marquer l’entrée dans une nouvelle phase du conflit, plutôt que sa résolution. Dans ce contexte, le Brent a progressé à 117 dollars le baril vendredi !  Néanmoins, la corrélation entre les cours du pétrole et les rendements obligataires est tombée à son plus bas niveau depuis le début du conflit avec l’Iran. Des niveaux comparables avaient été observés en juillet, lorsque le baril évoluait autour de 70 dollars. Si le pétrole continue d’influencer les rendements, son effet tend donc à s’atténuer. Ainsi, si les taux français et italiens ont progressé en raison des inquiétudes budgétaires, le reste des taux souverains a baissé avec notamment un taux américain à 10 ans qui chute de presque 8 bps. Une première explication tient au fait qu’une large part du choc énergétique est déjà intégrée dans les prix de marché : les contrats à terme sur le Brent restent proches de 100 dollars le baril jusqu’à l’année prochaine. Mais le facteur déterminant est désormais celui de la croissance. Plus le choc d’offre énergétique se prolonge, plus ses conséquences sur l’activité risquent de s’aggraver. À terme, le ralentissement économique pourrait rendre des baisses de taux plus probables que de nouvelles hausses. Il limiterait également le risque de voir les tensions inflationnistes initiales se diffuser durablement à l’ensemble de l’économie, via des effets de second tour. Les banques centrales auraient alors moins de raisons de maintenir une politique monétaire restrictive. Plusieurs d’entre elles, dont la Fed et la BCE, se réunissent d’ailleurs cette semaine et devraient, cette fois-ci, opter pour un statu quo monétaire. D’autant plus que si les enquêtes PMI flash d’octobre confirment une activité américaine vigoureuse, la dynamique de croissance de la zone euro apparaît quant à elle freinée par la France. L’indice PMI composite est resté en zone d’expansion pour le quatrième mois consécutif en octobre, à 51,9 contre 53,1 en septembre, malgré un ralentissement des services et de l’industrie et une progression plus faible des nouvelles commandes. Ce repli s’explique notamment par la France, où l’activité est repassée en contraction (48,4, contre 51,1 en septembre et 50,3 attendu), tandis que l’Allemagne et le reste de la zone euro restent en expansion.

Enfin, l’IA reste un point de vigilance et le sentiment de marché demeure particulièrement fébrile. Les publications de résultats sont scrutées de près, sans pour autant suffire à rassurer les investisseurs. Le repli du titre Meta en fin de semaine, malgré des résultats jugés encourageants, en témoigne. Au-delà de la dynamique de la demande, les marchés s’interrogent désormais davantage sur la rentabilité des investissements dans les centres de données et les capacités de calcul, ainsi que sur le temps nécessaire pour en récolter les fruits. Le renchérissement de leur financement constitue également un sujet de préoccupation, qui devrait rester au cœur des débats. Les résultats des grands acteurs du cloud seront donc particulièrement suivis. Dans ce contexte, Elon Musk a annoncé que SpaceX avait bouclé un financement par dette de 40 milliards de dollars, principalement destiné à l’acquisition de GPU, dont la livraison est prévue au premier semestre 2027. Il estime toutefois que les conditions de crédit se sont nettement durcies pour les entreprises dont les revenus dépendent presque exclusivement des centres de données dédiés à l’IA, évoquant un véritable « AI credit crunch ». Il anticipe ainsi une vague de faillites et une consolidation du secteur des néoclouds, tout en excluant un rachat de ces acteurs par SpaceX, une telle opération étant, selon lui, « inutile ».

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