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AURIS GESTION - FED : Le tournant Warsh ou la fin de l’ère de la Guidance
23/6/2026

Après 38 précédentes annonces d’un deal entre l’Iran et les USA, un protocole d’accord a finalement bel et bien été signé entre les deux pays permettant officiellement de mettre fin au conflit et de rouvrir la circulation à travers le détroit d’Ormuz, l’Iran s’étant engagé à assurer le passage libre - et donc gratuit - des navires commerciaux pendant 60 jours.
Des tankers chargés de millions de barils de pétrole ont effectivement pu traverser le détroit au cours du week-end contribuant à la chute des cours du baril sous la barre des 80$. Les dérivés du pétrole ne sont d’ailleurs pas en reste : le gasoil, les fertilisants et le kérosène retrouvent progressivement leur prix pré-conflit.
Les cours du pétrole devraient néanmoins se stabiliser autour de ces niveaux : d’un côté, la normalisation des flux de production et d’exportation prendra quelques semaines ; de l’autre, les réserves stratégiques de pétrole devront être reconstituées par les pays ayant largement puisé dans leurs stocks.
Les négociations sur la future gestion du trafic à travers le détroit seront en revanche difficiles puisqu’après cette période de 60 jours, l’Iran, Oman et les États du Golfe devront s’accorder pour redéfinir la gouvernance et les services maritimes de la zone. Les Iraniens souhaiteront percevoir un droit de passage, mais le défi sera de trouver une formule diplomatique acceptable pour les autres pays de la région ainsi que pour l'administration Trump.
Malgré la fin du conflit et la baisse des cours du pétrole, l’inflation devient le sujet d’inquiétude le plus prégnant à l’aube du second semestre. Si la BCE et la BoJ n’ont pas surpris les investisseurs en remontant les taux, on ne peut pas en dire autant de la première intervention de Kevin Warsh la semaine dernière. Nommé par D. Trump pour influencer la politique monétaire en faveur d’une baisse des taux, la réalité des décisions collégiales du FOMC s’est vite imposée à lui : la croissance américaine est vigoureuse et le bond récent de l’inflation « cœur » - supérieure à 2% depuis près de 6 ans - incitent les membres du FOMC à la prudence. Même s’ils se sont abstenus de relever les taux en juin, ces derniers affichent leur volonté d’agir, potentiellement dès septembre. La moitié des membres du FOMC (9 participants) prévoit au moins une hausse des taux en 2026, et six participants anticipent même une hausse d'au moins 50 pb.
L’autre surprise provient du changement de paradigme radical dans la communication de la Réserve fédérale sous l'ère Warsh. Fidèle à sa volonté de ne pas donner trop d’information aux investisseurs, le nouveau président de la FED s’est abstenu de donner son avis personnel sur les projections de taux (dot plots). Le format du communiqué de presse est lui aussi profondément modifié passant d'un modèle de communication institutionnelle très encadré, visant à rassurer et guider les anticipations de marché via des formules répétitives (la "forward guidance" détaillée), à un format lapidaire qui remet au centre de la décision les données économiques, tout en affichant une détermination accrue sur la stabilité des prix.
La suppression de paragraphes entiers qui détaillaient la philosophie de la Fed marque définitivement la fin de la guidance prospective. L'ancien communiqué équilibrait explicitement le double mandat de la FED. La nouvelle version est beaucoup plus concise sur l'emploi et paradoxalement plus précise quant à l’objectif de stabilité des prix à la faveur de l’ajout de la phrase : « The Committee will deliver price stability ». Ainsi, le communiqué en lui-même apporte moins d'information sur la "pensée" de la Fed renvoyant l’image d'une institution qui reprend sa liberté d'action.
La politique monétaire est désormais totalement dépendante des chiffres d'inflation à venir, marquant un retour à une communication austère. La FED demande aux marchés de ne plus chercher d’indices dans ses mots, mais de regarder uniquement les données d'inflation et les résultats des groupes de travail (sur le bilan de la FED, les données, la communication, la productivité, l’emploi et le cadre de lutte contre l’inflation) en cours qui constituent le nouveau pilier de la stratégie de Kevin Warsh.
Alors que nous apprenons aujourd’hui le décès d’Alan Greenspan, à la tête de la FED pendant 19 ans entre 1987 et 2006, le contraste avec Kevin Warsh est saisissant. Le premier a habitué les investisseurs à une FED souhaitant guider les investisseurs tout en prononçant des discours volontairement alambiqués afin de maintenir par moment les marchés dans l’incertitude et éviter la spéculation à l’image de sa célèbre mise en garde contre « l'exubérance irrationnelle » des marchés en 1996.
A l’inverse, Kevin Warsh rejette la "forward guidance" et le style de communication traditionnel. Il semble vouloir sevrer les marchés de cette dépendance à la FED et limiter la communication, il force donc les investisseurs à se concentrer exclusivement sur les données brutes. En somme, les décisions de la Fed seront dorénavant moins lisibles et prévisibles, ce qui pourrait restaurer une certaine marge de manœuvre pour l'institution, quitte à accroître la volatilité des marchés.
Notons enfin qu’à propos de politique monétaire moins lisible, Christine Lagarde vient d’affirmer qu’il « n’y avait pas besoin de réponse plus forte de la BCE pour faire face à la guerre en Iran », et ce, à peine deux semaines après avoir relevé les taux…

